Menu

Publication des Notes de politiques en faveur de la restauration

Région
Date

Biodiversa+ a publié une série de huit notes de politique (Policy-Brief) traduisant une décennie de recherches et de recommandations sur la restauration des écosystèmes en des directives pratiques et progressives, directement liées aux articles du Règlement européen sur la restauration de la nature (RRN) et aux exigences des Plans nationaux de restauration (PNR). Comme les États membres de l'UE soumettront leurs projets de PNR à la Commission européenne d'ici le 1er septembre, le RRN entre dans une phase critique. Ces mémoires fournissent aux décideurs des orientations et des recommandations politiques basées sur la recherche européenne et l'expérience pratique.

Les Policy-Brief se divisent en deux groupes :

  • Les feuilles de route des écosystèmes, fournissant des orientations de mise en œuvre progressive pour des types d'habitats spécifiques. Ces Policy-briefs sont basés sur des études de cas concrètes de projets financés dans le cadre de l'appel BiodivRestore, en collaboration avec Water JPI.
  • Les conditions favorables, répondant à ce qui est nécessaire pour que la restauration réussisse à grande échelle. Ces Policy-briefs ont été préparées par le BiodivRestore Knowledge Hub (KH).

Contexte

Le Règlement sur la restauration de la nature (RRN), établi en 2024, est un élément clé de la Stratégie européenne sur la biodiversité pour 2030, fixant des objectifs pour la restauration des écosystèmes dégradés. Ce qui entre en jeu dans les Plans nationaux de restauration influencera la restauration de la nature à travers l'Europe pendant des décennies.

Les PNR (Plan National de Restauration) suivent la chronologie suivante :

  • 1er septembre 2026 : Soumission de projets de PNR à la Commission européenne (un pour chaque État membre de l'UE).
  • Printemps 2027 : Révision des PNR par la Commission européenne.
  • Septembre 2027 : Soumission finale des PNR.

La restauration de la nature ne consiste pas seulement à inverser la perte de biodiversité. Restaurer des écosystèmes sains et fonctionnels peut simultanément soutenir la biodiversité, la résilience climatique, les systèmes d'eau et la santé humaine. Apporter ces avantages interconnectés nécessite que la restauration soit planifiée à travers les secteurs et au niveau écologique approprié, tout en mettant en place les conditions pratiques nécessaires au succès de la restauration à grande échelle.

Les feuilles de route des écosystèmes

Les quatre policy-briefs fournissent des directives pratiques et progressives pour la mise en place, liées aux calendriers du PNR, couvrant la période de mise en œuvre anticipée 2026-2028, les objectifs de 2030 et les jalons à plus long terme de 2040-2050.

  • Intégration du lien biodiversité – climat – eau dans la restauration des paysages forestiers : Restaurer les forêts ne concerne pas seulement la biodiversité. Les forêts saines soutiennent la résilience climatique, la régulation de l'eau et les écosystèmes d'eau douce, ce qui en fait un exemple clair du lien biodiversité–climat–eau. Des recherches portant sur 52 espèces d'eau douce dans des scénarios allant jusqu'à 2100 montrent l'importance de restaurer ensemble les rivières et les forêts qui les entourent.
  • Restauration des écosystèmes marins et côtiers : La restauration des écosystèmes marins et côtiers peut renforcer la biodiversité et la résilience climatique, mais elle reste coûteuse, lente et chroniquement sous-financée par rapport à la restauration terrestre. Les recherches sur les herbiers marins, les macroalgues et les coraux montrent que les meilleurs sites de restauration actuels peuvent devenir inadaptés à mesure que le climat évolue, rendant une sélection intelligente et prospective des sites la priorité clé des États membres.
  • Eau urbaine résiliente : Les rivières et zones humides urbaines peuvent soutenir la biodiversité, améliorer la qualité de l'eau, réguler les inondations et renforcer la résilience climatique, lorsqu'elles sont bien conçues. Une évaluation de 60 solutions fondées sur la nature (SFN) réparties dans cinq villes européennes révèle que la diversité des habitats aquatiques et la gouvernance intégrée de l'eau soutiennent une haute qualité écologique et une diversité d'espèces élevées. Les SFN peut soutenir la biodiversité tout en renforçant la résilience des villes face au changement climatique.
  • Restauration de l'eau douce : Les écosystèmes d'eau douce ne se récupèrent pas site par site, ils dépendent de systèmes fluviaux connectés. Cette évidence issue de 226 projets de restauration des rivières à travers l'Europe montre pourquoi la qualité de l'eau, l'habitat et l'utilisation des terres doivent être planifiés à l'échelle du bassin versant, et pourquoi le changement climatique rend la prospective sur leur connectivité encore plus cruciale.

Les conditions favorables

Ces quatre Policy-briefs traitent des exigences nécessaires pour que la restauration des écosystèmes réussisse à l'échelle requise d'ici 2030.

  • Réduire le risque zoonotique par la restauration de la nature : la restauration de la nature est également un investissement en santé publique. Plus de 75 % des maladies infectieuses émergentes proviennent des animaux, pourtant une revue de 30 politiques de restauration et de santé depuis 2015 a révélé que seulement 10 % d’entre elles abordent les conséquences sanitaires ou sociales non intentionnelles de la restauration. Les considérations sanitaires doivent être intégrées dans les PNR.
  • Besoin de semences : assurer une chaîne d'approvisionnement sûre pour une restauration naturelle réussie : La restauration nécessitera des milliards de graines indigènes, mais même dans les pays disposant de cadres de certification depuis une décennie, comme l'Allemagne et la France, 90 % du marché reste non certifié. Sans norme à l'échelle de l'UE, garantir un approvisionnement fiable en semences indigènes n'est pas un détail technique mais une condition stratégique préalable à la restauration.
  • Restauration réussie des écosystèmes grâce à la production de pépinières biosécurisées : des enquêtes menées sur plus de 2500 pépinières et sites de plantation à travers l'Europe ont révélé plus de 120 espèces de Phytophthora (agents pathogènes) cachées dans du matériel végétal qui devient ensuite une voie de propagation de maladies végétales envahissantes. Les pépinières exemptes d'agents pathogènes sont une condition préalable à une restauration réussie des écosystèmes.
  • Permettre aux partenariats public-privé (PPP) de financer la restauration de la nature dans l'UE : la restauration de la nature fait face à un déficit annuel de financement de 65 milliards d'euros en Europe, et ce n'est pas seulement un problème écologique. Avec 72 % des entreprises de l'UE et près de 75 % des prêts bancaires de la zone euro liés à des secteurs dépendants de la nature, la dégradation des écosystèmes représente désormais également un risque financier. Des partenariats public-privé bien conçus peuvent aider à mobiliser des capitaux privés tout en préservant l'intégrité écologique et en apportant des bénéfices sociaux et économiques mesurables.